7 L'ETRA DE LA CAVALE

La jument, ou plus rarement le cheval, la mule ou le mulet, bénéficiaient d’une pièce qui leur étaient réservée avec une porte en bois ouverte à l’arrière de la ferme : l’  « etra ». Grâce à cet animal la famille pouvait se déplacer, aller chercher la sage-femme pour les accouchements, le médecin, le curé, aller au marché à Megève pour vendre sa production (œufs, lapins, légumes…), ou encore se rendre à la messe.

Au printemps, la « cavale » permettait de transporter le fumier à épandre dans les champs, de labourer afin de planter les céréales et les pommes de terre , la base de la nourriture paysanne. L’été l’animal tirait une charrette qui permettait de rentrer le foin et les récoltes d’automne. La jument servait aussi à débarder le bois de construction et de chauffage et l’hiver à « faire la trace » dans la neige en passant un triangle ou un billon de bois sur les chemins de la commune. Au retour du marché ou de la foire, après de bonnes affaires et quelques verres, la « cavale » retrouvait toute seule la maison, même si le conducteur s’était un peu endormi sur le siège de la charrette. Il était donc important que l’animal soit choyé bien nourri.

« Après tous ces travaux, il fallait penser au chauffage pour l’hiver. On descendait de montagne les chablis, les “varoces” et les branches de sapins préparés en début d’alpage.

Ici, on appréciait le mois de septembre. Les gros travaux étaient faits. Toutes les récoltes ou presque étaient à l’abri et il y avait la foire des 5 et 6 septembre à Megève.

C’était le moment de vendre les vaches achetées à la foire de la Trinité en juin et qui avaient un point, c’est-à-dire un veau. La vache prête à vêler se vendant cher, la maîtresse de maison accompagnait souvent son mari pour la foire. Elle était plus tenace sur la valeur de la bête. Les maquignons, très rusés, cherchaient souvent un arrangement près d’une chopine. Le jour de la foire, les bêtes avec leurs sonnettes venaient de toutes les communes voisines. C’était un tintamarre assourdissant.

Le garde champêtre, Monsieur Maillet-Contoz, ne laissait entrer sur le pré de foire aucune bête avant les 12 coups de midi sonnés. On pouvait alors “enfoirer” et chacun payait sa petite taxe. Il y avait là beaucoup de belles vaches grasses, des chevaux, des chars de cochons. Après de longs marchandages, la bête était vendue et la maîtresse d’alpage glissait un billet dans la blouse de son mari et mettait le reste en lieu sûr (je ne vous dis pas où !!!) puis partait faire le marché.

Elle récupérait souvent son mari avec des connaissances devant un petit verre rafraîchissant. Elle en prenait un aussi car elle avait usé pas mal de salive. Puis ils remontaient heureux à l’alpage, elle avec son panier bien garni, et lui portant la sonnette de sa vache sous le bras. »

 

Extraits du livre « Mémoire d’un Combloran »

          Editions Musée de la Pente

1ere de couverture memoirs d un combloran